Grands projets nucléaires, nouvelles implantations, investissements productifs, recrutements et développement des PME : le Cotentin connaît une accélération industrielle majeure. Dans un dossier consacré à ce territoire qu’il qualifie de « nouvel eldorado industriel français », Le Journal des Entreprises revient sur plusieurs projets qui illustrent l’ampleur de cette dynamique et ses retombées attendues pour la Manche.
Au cœur de cette transformation : les grands programmes portés par Orano, EDF et Naval Group, autour desquels se développe tout un écosystème d’entreprises industrielles et d’ingénierie.
Entre 2025 et 2034, 6 000 emplois industriels supplémentaires sont attendus dans la Manche sous l’effet des projets de ces trois grands donneurs d’ordres et de leurs sous-traitants. Les effectifs concernés passeraient ainsi de 16 000 à 22 000 emplois. Une croissance qui génère de nouvelles opportunités économiques, mais pose également un défi majeur : disposer des compétences nécessaires pour accompagner cette montée en puissance.
Aval du Futur : un projet industriel hors normes
C’est l’un des projets emblématiques de cette nouvelle donne industrielle. Avec plus de 40 milliards d’euros d’investissements estimés, le programme Aval du Futur, porté par Orano à La Hague, vise à renouveler les installations françaises de traitement et de recyclage des combustibles nucléaires pour inscrire cette activité stratégique dans le très long terme.
Le programme prévoit notamment de nouvelles capacités d’entreposage des combustibles usés, une nouvelle usine de fabrication de combustible MOX et, à terme, de nouvelles installations de traitement.
Son ampleur va mobiliser un nombre considérable de compétences. Orano prévoit plus de 2 000 collaborateurs dédiés à Aval du Futur à l’horizon 2030, dont environ la moitié dans le Cotentin.
Au-delà des grands donneurs d’ordres, le projet ouvre également des perspectives importantes pour les entreprises normandes du bâtiment, des travaux publics, de la métallurgie, de l’ingénierie et de nombreux autres métiers industriels.
Framatome Arc prépare une nouvelle usine dans la Manche
Autre illustration de cette montée en puissance : Framatome Arc envisage de transférer son site de Beaumont-Hague vers la zone d’activité des Costils, aux Pieux.
La filiale de Framatome, spécialisée dans les équipements mécano-soudés et les systèmes de tuyauterie destinés notamment aux secteurs nucléaire et défense, doit adapter son outil industriel à l’augmentation de son activité, notamment liée aux marchés des EPR.
Le projet prévoit la construction d’un bâtiment de 16 000 m² sur une parcelle de 4,5 hectares, destiné aux activités de chaudronnerie, soudage et usinage.
Le nouveau site pourrait accueillir jusqu’à 450 salariés, tandis que l’entreprise vise un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros à l’horizon 2030, contre 25 millions d’euros actuellement.
Otrera choisit le Cotentin pour son projet industriel
Le dynamisme du territoire attire également de nouveaux acteurs. La start-up Otrera New Energy, basée à Aix-en-Provence, a choisi Les Pieux pour implanter une usine dédiée à la fabrication et à l’assemblage de composants pour des réacteurs nucléaires de quatrième génération.
L’entreprise prévoit un investissement compris entre 40 et 50 millions d’euros pour construire une usine de 7 000 m², avec un démarrage de la production envisagé en 2029.
À terme, le projet prévoit la création de 200 à 250 emplois directs, auxquels pourraient s’ajouter environ 400 emplois indirects et induits.
Cette implantation vient ainsi renforcer l’écosystème nucléaire du Cotentin tout en positionnant le territoire sur de nouvelles technologies énergétiques.
Assystem : 160 recrutements pour accompagner les grands projets normands
Les besoins des grands industriels entraînent déjà une montée en puissance de leurs partenaires. L’entreprise d’ingénierie Assystem prévoit 160 recrutements en Normandie en 2026 pour accompagner EDF, Orano et Naval Group.
La majeure partie concerne le Cotentin : 120 postes sont prévus à Cherbourg, dont une centaine en lien avec les activités d’Orano et une vingtaine pour les programmes de Naval Group. Quinze recrutements supplémentaires sont prévus à Flamanville pour accompagner EDF.
Ingénierie nucléaire, sûreté, génie civil, mécanique, contrôle-commande ou encore chaudronnerie et tuyauterie : les profils recherchés illustrent la diversité des compétences nécessaires pour répondre aux projets industriels en cours et à venir.
FPMA mise sur le nucléaire et la Défense
La dynamique profite également aux PME du territoire et encourage leur diversification.
À Percy, FPMA, PME de 20 salariés spécialisée dans la mécanique de précision, a été reprise en avril 2026 par Hugues Helie. Son ambition : développer l’entreprise sur deux marchés en forte croissance en Normandie, le nucléaire et la Défense, tout en conservant la diversification historique de la société.
Pour accéder à ces nouveaux marchés et réaliser des pièces plus complexes, FPMA prévoit notamment l’acquisition d’une machine d’usinage 5 axes et envisage à plus long terme un investissement dans l’impression 3D métal. Une stratégie qui illustre les opportunités offertes aux PME industrielles par les grands programmes engagés sur le territoire.
Deftline grandit pour se positionner auprès des grands donneurs d’ordres
Basée à Cherbourg-en-Cotentin, la PME d’ingénierie Deftline accélère elle aussi son développement.
Après le rachat du bureau d’études cherbourgeois Ingenov, l’entreprise a acquis EAI Ingénierie, société gardoise spécialisée dans l’assistance technique dans le secteur nucléaire. Cette opération lui permet notamment de bénéficier de certifications stratégiques pour accéder plus directement aux marchés des grands donneurs d’ordres du nucléaire et de la défense.
Deftline, qui comptait 50 collaborateurs et réalisait 4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, prévoit avec cette acquisition d’atteindre 11 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026. Les 70 emplois d’EAI Ingénierie doivent être maintenus.
Le groupe affiche également de fortes ambitions à moyen terme : 200 à 300 salariés et 20 à 30 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2030, avec une vingtaine de recrutements supplémentaires envisagés dès 2026.
L’emploi et l’attractivité, prochains défis du territoire
Cette accélération industrielle entraîne mécaniquement une forte hausse des besoins en compétences. Selon l’étude réalisée par Helevato et la CCI Ouest Normandie, les 6 000 emplois industriels supplémentaires attendus dans la Manche d’ici 2034 se répartiraient entre 25 % d’ingénieurs et cadres, 35 % de techniciens et spécialistes et 40 % d’ouvriers et opérateurs.
Dans un département qui connaît déjà une situation proche du plein emploi, le recrutement devient donc un enjeu déterminant.
Entreprises et acteurs du territoire multiplient les initiatives pour attirer de nouveaux talents. En juin 2026, Orano, EDF et Naval Group se sont ainsi associés à Attitude Manche pour organiser un afterwork de recrutement à Paris. L’agence organise également chaque année le salon « Je m’installe en bord de mer », qui rassemble en moyenne 80 entreprises de la Manche et 450 candidats.
Car au-delà des emplois, l’enjeu est désormais d’accompagner une transformation beaucoup plus large du territoire : formation, logement, mobilités, infrastructures, services et qualité de vie devront évoluer au rythme de cette croissance industrielle.
À travers son dossier « Le Cotentin, nouvel eldorado industriel français », Le Journal des Entreprises met ainsi en lumière un territoire engagé dans une nouvelle phase de son histoire industrielle, où grands investissements, développement des PME et attractivité des compétences constituent les différentes facettes d’une même dynamique.